cavadeos.com - c’est tout le monde du cheval, équitation, sports equestres, poney, courses hippiques, tourisme equestre, randonnees equestres, l'eperon

Identifiez-vous

Accéder aux articles si vous êtes abonné à Cavadeos

Aller : ACCUEIL » ÉLEVAGE » ACTUALITÉS

Imprimer
4 fév 2010

Les éleveurs vendéens dénoncent le « fait du Prince

4 février 2010

« Au nom de tous les éleveurs », Philippe Poiraud, président de l’ASSELVEN, dénonce la confiscation sans concertation et décidée en haut lieu de deux étalons HN du Haras de La Roche-sur-Yon. Mis en cause, le préfet Etienne des Rosaies, conseiller cheval à l’Elysée et candidat à la présidence de l’IFCE né de la fusion HN-ENE, se défend de tout passe-droit.

Philippe Poiraud ne décolère pas. Le président de l’ASSELVEN (Association des éleveurs du terroir vendéen, deuxième association d’éleveurs régionale derrière l’ADECNO normande) dénonce ce qui s’apparente selon lui à un « fait du Prince » : « deux étalons du Haras de La Roche-sur-Yon sont partis vendredi dernier (29 janvier, ndlr) aux Bréviaires à la demande du conseiller cheval de l’Elysée Jean-François Etienne des Rosaies, pour être essayés par Timothée Bazire, cavalier ordinaire de 2e catégorie. Les chevaux lui convenaient, le chauffeur de La Roche est donc revenu avec un camion vide ! Ces chevaux avaient leur avenir sportif derrière eux, ils n’ont plus besoin d’être valorisés sur les terrains, aller les confier à un jeune cavalier de ce niveau, c’est incompréhensible ! Les éleveurs vendéens tenaient particulièrement à ces étalons, Iolisco de Quinhon (Olisco x Double Espoir sur une des bonnes souches vendéennes) et Joly Fly des Forêts (Echo des Forêts x une jument hollandaise), nous n’avons absolument pas été contactés, il s’agit d’un fait du Prince, d’un caprice de gens qui abusent de leur pouvoir ».

Essayés aux Bréviaires
Joly Fly des Forêts et Fabrice Paris // Photo : www.scoopdyga.com

Joly Fly des Forêts et Fabrice Paris // Photo : www.scoopdyga.com

Selon nos sources, un troisième étalon, Negus de Talma (en attente d’affectation à… La Roche), a également été essayé par Timothée Bazire et devrait également partir en Haute-Normandie chez lui une fois opéré d’une petite excroissance osseuse.
Timothée Bazire, âgé de 28 ans, est cavalier salarié du Haras de Malmain, haras situé entre Dieppe et Rouen et « qui appartient à un membre de sa famille » (sans autre précision). Timothée est le neveu de Nicolas Bazire, lui-même directeur de cabinet du premier Ministre Edouard Baladur entre 1993 et 1995, puis directeur général du Groupe Arnault ainsi que du pôle presse de LVMH, et membre actuellement des conseils d’administration de différents grands groupes. Proche de Nicolas Sarkozy, Nicolas Bazire fut son témoin lors du mariage de celui-ci avec Carla Bruni. Selon Timothée Bazire, lui-même montera Iolisco, tandis que Joly Fly est destiné à son cousin Thibaut Bazire, fils de Nicolas, étudiant à Sciences-Po Paris, cavalier Pro 1 (18e du championnat en 2009).

Jean-François Etienne des Rosaies, conseiller cheval à l’Elysée, DTN pour les sports équestres de la Fédération sportive de la Police nationale, est très impliqué, depuis le début, dans la fusion des Haras nationaux et de l’ENE : il était le président du Comité de préfiguration qui a préparé cette réforme. Tous les observateurs le donnent comme futur président du nouvel IFCE (Institut français du cheval et de l’équitation) issu de cette fusion et dont la création par décret est effective depuis le 1er février. Cavalier militaire de haut niveau dans sa jeunesse, il fut d’abord journaliste avant de travailler pour le ministère de la coopération au début des années 1970, et, plus tard, au cabinet de Robert Pandraud, Ministre délégué à la sécurité, puis, en tant que préfet, comme conseiller spécial pour les services du renseignement.
Mr Etienne des Rosaies était sur place aux Bréviaires le jour des essais de ces étalons, avec Nicole Blanc, directrice générale des Haras nationaux, et il ne nous a pas démenti être intervenu. Il était d’ailleurs déjà intervenu pour faire attribuer en 2008 First de Launay au jeune Georges-Edouard N’Gan Sassi. Une attribution qui fit long feu, à cause de problèmes de santé de l’étalon.
Pour Philippe Poiraud, « l’éventuelle nomination de Mr Etienne des Rosaies à la tête de l’IFCE laisse présager d’une absence totale de concertation avec les éleveurs, et si ce genre de manœuvres doit être pérennisé, ça va être catastrophique ! Les élus vendéens qui étaient partants pour s’investir dans le GIP France Haras, qui doit succéder en partie aux Haras nationaux, ne comprennent pas une telle intervention à la hussarde et sont carrément refroidis… ».

Soutien aux jeunes cavaliers

Jean-François Etienne des Rosaies rappelle, lui, que « l’une des missions des Haras nationaux, et donc aujourd’hui de l’IFCE, est le soutien aux jeunes cavaliers pour leur permettre d’atteindre le haut niveau ». Il rappelle sa passion pour le cheval (« ma passion n’a pas quitté ma vie un seul jour, un seul instant et je suis marié avec une cavalière professionnelle, je connais donc les difficultés d’entretenir une écurie ») et ses interventions en faveur de la filière équine et des éleveurs (« c’est moi qui ai fait passer les conventions avec les Unités équestres de la Police nationale mais également avec des éleveurs privés à travers toute la France. A ce titre, je revendique mon soutien aux éleveurs de Cobs normands puisque six Cobs ont intégré un peloton de l’Unité équestre de la police et j’ai fait acheter, en étant présent, deux Cobs normands au Maître Ecuyer Alexis Gruss qui sont aujourd’hui acteurs de son spectacle. De même nous avons décidé, dans le cadre de la réforme, sous l’impulsion du Cabinet du Ministre de l’Agriculture et en concertation avec Nicole Blanc et Jacques Primault, de ne fermer aucun Haras, dont le Haras de La Roche-sur-Yon pourtant programmé initialement pour l’être»).
Il affirme « ne pas connaître Nicolas Bazire. Mais l’écurie de Timothée Bazire avait fait une demande pour disposer de chevaux par l’intermédiaire d’un ami que nous avons en commun, cavalier de haut niveau, j’ai étudié le dossier, constaté que cette écurie était tenue au cordeau, avait de bons résultats et ai décidé de l’aider, comme j’aiderai toujours les jeunes cavaliers quels qu’ils soient, si je le peux. Georges N’Gan Sassi était-il le fils d’une personne haut placée ? Non ! ». Il précise que « les étalons actuels des HN seront transférés au GIP-France Haras, ce qui de facto leur fera perdre leur appartenance régionale » et considère en tout état de cause que « ces chevaux resteront disponibles pour toute la monte 2010 pour les éleveurs en semence congelée ». Lorsqu’on lui fait remarquer que les éleveurs préfèrent aujourd’hui utiliser les étalons en semence fraîche, il concède ne pas avoir totalement maîtrisé cette donnée et vouloir en tenir compte à l’avenir. Reste à savoir maintenant si cela sera suffisant au regard des remous provoqués pour l’heure en Vendée et parfois au sein des Haras.

Auteur: Emmanuel Jeangirard

Retour : ACCUEIL » ÉLEVAGE » ACTUALITÉS