CHE Rotterdam: Grande-Bretagne, une victoire historique
« C’est formidable d’avoir un tel cheval, excitant d’avoir ces moyens-là lorsque les Jeux olympiques vont avoir lieu chez vous », se félicitait Carl Hester après sa reprise qui donnait l’or à la Grande-Bretagne. Une victoire historique, car la première pour le dressage britannique qui n’avait gagné jusqu’à présent « que » le bronze en 2003 et l’argent en 1993 et 2009.
Dirk Caremans
Dirk Caremans
Dirk Caremans
Dirk Caremans
L'équipe de Grande Bretagne
Le podium
Carl Hester et Uthopia
Arnaud Serre et Helio
Peu avant Richard Davison, cavalier international, trouvait que c’était « très bien parti pour son pays, mais avec les chevaux, on ne sait jamais. Quant à Carl, oui il peut être dans les médailles individuelles ». Sans anticiper sur les résultats du GPS (samedi à partir de 12h30) ou de la Kür (dimanche à partir de 15h) force est de constater que Carl Hester a avancé un atout en remportant assez nettement le Grand Prix de la Coupe des Nations qui a vu la victoire de la Grande-Bretagne avec plus de 10 points d’avance sur l’Allemagne (238,67 à 226,11). « Nous savions qu’ils avaient une équipe très forte, mais nous espérions qu’elle ne le serait pas autant », affirmait Isabell Werth lors de la conférence de presse, avec son fair-play, son humour et son grand sourire habituels.
Un étalon noir en évince un autre
Et la cartouche majeure que devait représenter Totilas
n’a pas fonctionné à plein : les beaux passages et piaffers (notés autour de 9) n’ont pas suffi à compenser des allongements au trot très retenus, des petites bistouilles de-ci de-là, une grosse faute aux temps et une faute dans le dernier passage. On ne retrouve pas encore la magie du couple que l’étalon noir formait avec Edward Gal. Une telle complicité nécessite certainement autre chose que quelques millions d’euros et quelques mois avant de revivre. Totilas semble ordinaire maintenant, commentaient de nombreux observateurs. Et surtout, l’image que nous garderons de cette Coupe des Nations est celle d’un jeune homme, déjà plutôt timide et réservé, mais qui est apparu si triste : Matthias Alexander Rath
, toujours lors de cette conférence de presse, se mordant les lèvres, jetant un regard interrogateur vers Edward Gal installé en contre-bas de l’estrade avec ses co-équipiers en bronze, la table prévue pour les médaillés ne pouvant accueillir que les deux premières équipes. Bien que très élégant tout en noir et blanc, le couple ne fait pas encore vibrer. Totilas n’est plus Totilas. L’émotion n’est pas là.
Jeudi, elle était du côté d’Uthopia
, un autre étalon noir, moins grand et plus fin que Totilas. Presqu’aussi bon que lui dans les airs relevés, meilleur au galop et ses allongements au trot, aériens, ont arraché des exclamations au public ainsi que des 10 aux juges, un peu hésitants et partagés en début d’épreuve, mais qui ont fini par conclure sur un 10 unanime pour le dernier allongement.
Uthopia, mon idéal !
« C’est mon idéal. Une des grandes visions équestres que j’ai eues. Un idéal de délicatesse, de légèreté tant dans la qualité propre du cheval que dans la façon dont il est monté
». Et celui qui dit cela n’est autre que Michel Henriquet
, arrivé la veille pour supporter son épouse Catherine. Nous ne pouvons que souscrire totalement à cette analyse, vu la réputation de son auteur et l’extraordinaire souplesse et aisance qu’Uthopia dégageait déjà à Saumur et qui lui permet de dérouler un Grand Prix exceptionnel qui aurait pu être plus payé si les juges avaient osé, alors que ce couple n’en est qu’à son sixième GP. Mais bien sûr, sous la selle de celui dont tout le monde dit que c’est un formidable cavalier, cet étalon fils de Metall a encore progressé et progressera encore pour conquérir définitivement le cœur d’un public blessé par la rupture de Totilas et Gal, même si d’aucuns formulaient des critiques techniques pas toutes infondées. Uthopia et Hester auront aussi leurs critiques.
Mais la discipline a besoin d’icônes. Totilas-Gal en était une. Uthopia-Hester a une place à prendre. Tant mieux, car la fluidité de ce que montre ce couple confine au naturel. Héritage sûrement de l’équitation d’extérieur qui prévaut en Angleterre et dont bénéficient Uthopia et Valegro, car chez Carl Hester, les chevaux vont s’aérer plusieurs fois par semaine, même les plus grands. Valegro
termine 4e sous la selle de l’élève du vainqueur, Charlotte Dujardin. Carl Hester, une bonne maison
KWPN aussi, Valegro a un tout autre modèle que son copain d’écurie. Mais il fait oublier son air un peu carrossier par sa fantastique énergie qui de A à Z reste au service de sa cavalière sans jamais qu’un quelconque effet de force n’apparaisse. Ce qui ne fut pas le cas lors du passage de la troisième coéquipière britannique dont les points ont compté, mais l’or était déjà acquis (la GB n’a pas eu besoin du 70,42 d’Emile Faurie avec Marquis !) : pendue aux rênes de son alezan, marquant chaque foulée d’une sèche action de main, Laura Bechtolsheimer a dit que « son test était un combat
». Elle a souffert, nous aussi, car même si tous les cavaliers ne font pas encore toujours dans la légèreté, il est devenu rare de voir de tels excès à ce niveau.
Un niveau très élevé pour un record de participation (65 cavaliers, 16 équipes), avec vingt cavaliers à 70%
et plus, la jeune Finlandaise Emma Kanerva étant 20e avec 70,19 avec Sini Spirit.
Un niveau très élevé
Et pour accéder au Grand Prix Spécial de samedi
, le 67,88 du Polonais Michael Rapcewicz avec Rando ne suffit pas (sauf défection d’un couple). Il faut à Rotterdam avoir atteint 68,02%
, ce qu’a obtenu la Suédoise Rose Mathisen avec Bocelli. Ce couple est curieusement un de ceux – rares - qui ont creusé les plus gros écarts entre les juges (34 places), dont le nombre désormais de sept sur les championnats contribue à atténuer les dissonances d’autant que le juge référent corrige les plus grosses avant que les notes générales n’apparaissent. Une Suède
qui, grâce à la bonne performance de Watermill Scandic et Patrick Kittel, a soufflé la 4e place au Danemark
qui la détenait encore à mi-épreuve. D’ailleurs Nathalie zu Sayn Wittgenstein et Digby n’ont pas pu empêcher l’Espagne
, tirée par Fuego-Munoz et Prestige-Domingo Coll, de passer aussi devant leur pays. Mais le Danemark est qualifié pour les JO tout comme la Suède et l’Espagne : « Ils ont fait ce que j’attendais d’eux. Je suis très content
, constatait Ian Bemelmans qui est toujours leur entraîneur et chez qui les Espagnols ont passé les dernières semaines de préparation.
A 4 points de l’Allemagne, en argent, et à 8 points de la Suède en chocolat, il y a les Pays-Bas
. Du bronze seulement pour ceux qui avaient tout gagné ou presque à Windsor. Même sans Parzival et Adelinde Cornelissen (2e), ils auraient gardé le bronze. Mais il aurait fallu une exceptionnelle performance du couple n°1 mondial pour espérer faire mieux. Or, « ce n’était pas une préparation parfaite, mais il faut faire avec
», dira sans regret la cavalière. Suite à un bref, mais violent orage qui a mis à mal le circuit informatique, M. Markowski, président du jury, a suspendu l’épreuve, « car j’ai craint pour la sécurité des cavaliers
». Et il a sonné le dernier Suisse entré en piste qui en était à son allongement du pas. Et qui a repris une demi-heure plus tard. Avec Warbeau, Hans Staub termine à 66,21, et son équipe est 14e. Non qualifiée donc pour les JO, mais « ce n’était pas notre objectif de toutes façons,
affirme le chef d’équipe Michel d’Arcis. Nous sommes une bande de vieux singes qui connaissons bien la musique. Etre ici à Rotterdam faisait partie du processus de reconstruction pour avoir huit à dix chevaux à ce niveau. Notre objectif ce sont les Jeux de Normandie en 2014
».
Et la France toujours dans la tourmente
C’est aussi l’objectif pour la France, que Pascal Dubois a réaffirmé : « 15e, c’est très loin de l’objectif que nous visions ici, mais ce que nous avons mis en place et que nous allons maintenir, c’est pour avoir une équipe compétitive en 2014 ». Et Emmanuelle Shramm, DTN adjointe chargée du dressage, encore sous l’émotion de la reprise d’Uthopia, une découverte pour elle, ajoute : « Tout ce que nous faisons a pour objectif de donner confiance aux acteurs de la discipline à ceux qui investissent temps, travail, moyens. Et nous, nous investissons beaucoup sur la formation de la relève ». La relève était déjà à Rotterdam, avec trois couples qui n’avaient jamais participé à un championnat de leur vie. Les deux meilleurs ont été … un couple justement, les Serre, Arnaud (48e) et Anne-Sophie (46e, meilleure place française pour la plus inexpérimentée des quatre), dans les 65% tous les deux. Sébastien Duperdu, vingt-cinq ans, qui a malheureusement fait sa moins bonne performance de la saison (56e). Et plus aguerrie, mais avec un cheval encore vert, Catherine Henrique t. Et, là encore, la France n’a pas eu de chance : Paradieszauber s’est blessé sans gravité à un glome et lors de la détente avant l’épreuve, le sélectionneur a décidé de ne pas le présenter en accord avec les Henriquet. On rappellera pour mémoire le décès de Werner, qui aurait dû permettre à Stéphanie Collier d’être ici avec trois des quatre présents. Et peut-être à la France de mieux figurer au classement. De 8e hier, elle a reculé beaucoup plus que nous ne l’avions imaginé, à la 15e place , juste devant la Russie. Encore une cata, diront ceux qui ont du mal à comprendre ce qui se passe avec cette discipline. Mais sans qu’aucun couple n’ait démérité. Le niveau monte tellement, qu’il fallait de toutes façons deux couples à 68 et un à plus de 71% pour entrer dans les qualifications olympiques. Il faut juste espérer que l’expérience acquise ici profitera aux cavaliers, alors que jusqu’à présent, il est trop souvent arrivé qu’ils se retrouvent à pied pendant de longues années après avoir grimpé tous les échelons de la compétition. Nous ne citerons que Marie-Hélène Syre (plus de dix ans avant de retrouver un cheval) ou Florence Lenzini qui n’est pas encore revenue au plus haut niveau. Pour cela, il faut souhaiter aux cavaliers - et à la France – d’avoir une relève et les moyens de la faire progresser. Car, contrairement à ce que pourrait laisser penser ce résultat qu’il faut bien qualifier de médiocre, nos cavaliers se présentent bien et ne font pas des fautes à chaque foulée, loin de là. Leur travail est propre. Il leur faut juste de meilleurs chevaux, les moyens pour les acheter, et un encadrement technique privé plus permanent. Cela était déjà nécessaire. C’est devenu indispensable pour espérer grimper les marches qui mèneront peut-être un jour le dressage tricolore sur le podium. En championnat d’Europe, la dernière fois, c’était le bronze en 1995 à Lippica.
Marie Hélène Merlin
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