Benjamin Boutin est décédé
Un destin foudroyé - En état de mort cérébrale depuis sa terrible chute survenue samedi à Argentan, Benjamin Boutin n'a pu être sauvé. Son décès a été prononcé lundi en fin de matinée. Le monde des courses est en deuil.
Paris Turf
L'inéluctable nouvelle est tombée lundi en fin de matinée. Tombé lourdement samedi sur l'hippodrome d'Argentan, Benjamin Boutin, vingt et un ans, n'a pas survécu à ses blessures.
Depuis samedi soir, le microcosme hippique vivait au rythme des nouvelles autour de l'infortuné jockey. Transféré dimanche de l'hôpital d'Argentan au centre hospitalier intercommunal d'Alençon, Benjamin avait été déclaré en état de mort cérébrale. Il n'était maintenu en vie qu'à l'aide d'un appareil respiratoire. Toute la réunion dominicale d'Auteuil s'était disputée dans une ambiance feutrée, personne n'ayant le goût à célébrer les victoires à l'heure où le vestiaire était sur le point de perdre l'un des siens.
Le miracle n'aura pas eu lieu. Le cœur de Benjamin s'est arrêté de battre lundi matin. Le monde des courses est frappé dans sa chair. Cette fois, c'est un tout jeune espoir du peloton qui a payé de sa vie la passion qui l'animait. Une passion qui avait d'abord fait entrer Benjamin Boutin au service de Joël Rémy, avant de poursuivre son apprentissage chez Didier Prod'homme. Toujours cette même passion qui l'avait ensuite amené à rejoindre Pascal Bary et Cédric Boutin, pour qui il partageait son temps et ses montes.
Avant ce tragique accident survenu samedi à Argentan, Benjamin, originaire de l'Oise, aura eu le temps d'enregistrer quatorze victoires, depuis la première célébrée le 27 août 2010 à Deauville, grâce à Prorisks
. C'est trop peu pour ce jockey dont tous ceux qui l'ont côtoyé louent la gentillesse, la volonté et le sérieux.
Le monde des courses pleure aujourd'hui la disparition de l'un des siens. En ces instants de douleur immense, Paris-Turf présente ses très vives et sincères condoléances à sa famille et à tous ses proches.
Joël Rémy :
"Un super gosse"
(son premier formateur)
"Que dire dans ces circonstances ? Benjamin a débuté chez moi à quatorze ans. Il était tout petit, tout mignon. C'est le dernier apprenti que j'ai pris, car j'ai arrêté d'entraîner en 2005. Il faisait partie de la famille et venait très souvent à la maison. C'était un gamin adorable qui aimait énormément son métier, son travail, le cheval. C'était un garçon calme mais qui avait envie de réussir. Un super gosse."
Didier Prod'homme :
"Il était très apprécié"
(son maître d'apprentissage de 2005 à 2009)
"Benjamin est rentré chez moi après la cessation d'activité de Joël Rémy. Il a passé quatre ans à l'écurie. À son arrivée, il avait vraiment le profil jockey poids léger. Il ne pesait pas plus de quarante kilos et manquait un peu de force. Il n'a pas eu trop de chance : il a eu un accident à Cagnes, puis un autre à l'entraînement. Comme ma fille, Pauline, a obtenu sa licence, il a peu monté pour moi, car je n'avais pas beaucoup de chevaux pour apprentis. Mais il a appris les rudiments du métier, notamment grâce aux conseils d'Anthony Cardine. Il a finalement préféré partir pour Chantilly, chez Pascal Bary et Cédric Boutin. C'était un gentil garçon, consciencieux et très apprécié au sein de l'écurie. C'est vraiment triste."
Cédric Boutin :
"Foncièrement gentil"
(un de ses patrons)
"C'était un garçon attachant, foncièrement gentil. Malgré mes rapports parfois conflictuels avec les gens dans le travail, il n'est jamais entré dans cette problématique. Il ne se mettait pas dans une position de ne pas être apprécié, et nous nous sommes toujours bien entendus. Il avait envie de progresser, et je suis certain qu'il aurait gardé les pieds sur terre en commençant à avoir du succès. Il faut dire qu'il avait reçu une excellente éducation, avec des valeurs simples."
Pascal Bary :
"Très doué"
(Son second patron)
"Il est arrivé chez moi début septembre sur les recommandations de Cédric Boutin. Il était travailleur, bien élevé, assidu, tout ce qu'on attend d'un apprenti. Dès qu'il a commencé à monter pour moi, je me suis aperçu qu'il était surtout très doué. Il aurait certainement fait un tout bon jockey. Il s'apprêtait à faire le meeting de Cagnes, moi je comptais le faire monter l'an prochain. Et tout s'est arrêté archi-brutalement samedi."
Francis Fougeray / Paris Turf
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