Exclusif : l'interview de Daniel Augereau et le rapport intégral
Longtemps tenu secret, y compris de présidents de société, le rapport Augereau, commandé par François Fillion, a susicité l'emoi du monde hippique. Nous vous proposons d'en prendre connaissance, après avoir lu l'interview de Daniel Augereau et son point de vue, dans Paris-Turf daté samedi.
Paris Turf
Daniel Augereau : “Le monde change, alors nous devons changer”
Dans cette interview exclusive, Daniel Augereau nous révèle les grandes lignes de son rapport sur l'Institution des Courses réalisé à la demande du Premier ministre François Fillon. Une étude documentée qui concerne tous les acteurs de la filière hippique. Une étude qui dérange.
Paris-Turf : Dans votre rapport, on a le sentiment que tout va mal, que la filière hippique est en péril. Ni les hommes, ni les institutions, ni les organisations ne trouvent crédit à vos yeux. Alors, dites- nous les vraies raisons qui vous ont poussé à écrire ce brûlot ?
Daniel Augereau : Vous exagérez. À aucun moment nous disons que tout va mal dans le monde des courses. Mais je pense vraiment que le moment est venu de changer, car c'est lorsque les choses vont encore bien qu'il faut bouger. Notre environnement a profondément évolué ces dernières années avec la densification des réunions et l'ouverture à la concurrence des paris en ligne. De plus, il existe un paradoxe intolérable : la filière n'a jamais gagné autant d'argent, mais la situation des socioprofessionnels - en particulier celle des éleveurs et entraîneurs - se détériore. Une observation d'ailleurs relevée par M. Bélinguier lors de sa campagne. Ce rapport est un état des lieux. Il propose des axes de réflexion et de développement. Le monde change, alors nous devons changer et définir un véritable modèle social et économique si nous voulons éviter la paupérisation de la filière hippique et des courses.Vous nous dites qu'il ne s'agit pas d'un audit mais seulement d'un état des lieux. Quel constat faites-vous de l'organisation et du fonctionnement des sociétés-mères ?
Il y a beaucoup à dire. Nous avons passé en revue toutes les instances qui régissent de près ou de loin le monde des courses.
En ce qui concerne France Galop, les critiques portent plus sur la gouvernance que sur la gestion administrative. Elles mettent l'accent sur la concentration du pouvoir, la place excessive des cooptés, un déficit de communication avec les sociétés de province et l'absence de visibilité en matière de stratégie à moyen et long terme.
En ce qui concerne le Cheval Français, il nous semble que les régions sont mieux représentées et que la communication est plus fluide. En revanche, on peut s'inquiéter de voir la société contrôlée par “les grandes familles historiques” du Trot, avec un risque certain d'être parfois en situation de conflit d'intérêt.
Enfin, il est clair que France Galop et le Cheval Français ne travaillent pas et ne coopèrent pas suffisamment ensemble, car on a constaté que la stratégie de la filière n'est pas décidée en fonction de l'intérêt général des courses. Il faut dépasser les différences culturelles entre les maisons mères, qui doivent s'unir pour générer un choix de valeurs qui va de la recherche de nouveaux propriétaires en passant par l'élevage et l'entraînement jusqu'à la compétition sur les hippodromes.
Cette instance de coordination existe ! Il s'agit de la FNCF (Fédération Nationale des Courses Françaises). Mais son action reste administrative et technique alors qu'à l'origine elle était censée avoir un rôle stratégique dans la définition de la politique de la filière, y compris budgétaire.Le constat est sévère et sans appel !
Oui, mais nous n'en restons pas là. Nous proposons des réformes et des pistes de travail afin de définir un modèle économique d'avenir.Lesquelles ?
Nous avons d'abord proposé que soit créé, en urgence, un véritable comité stratégique pour mener quatre études afin de disposer de bons indicateurs qui permettront après concertation d'avoir une vision partagée pour mener les adaptations nécessaires à la santé de l'Institution.
La première doit projeter à cinq ans le niveau de revenus que l'Institution peut attendre du PMU.
La deuxième devra dresser un diagnostic économique des entreprises d'entraînement et d'élevage.
La troisième devra se prononcer sur l'organisation des sociétés mères avec des préconisations de rapprochement de fonctions (informatique, communication marketing, gestion de trésorerie) et dresser un audit de la gestion des hippodromes parisiens. En effet pourquoi la fusion des sociétés-mères est-elle tabou ?
La quatrième devra être un audit précis sur les circuits financiers de l'Institution pour le moins opaques. Le chantier est énorme. Il faudra y associer tous les partenaires - y compris l'Etat qui doit jouer un rôle fondamental pour l'évolution de la filière -, car les conclusions conduiront à d'importants changements dans les habitudes et comportements.
Je crois aussi qu'il faut, dans toutes les instances de direction, accorder une plus grande place aux représentants des sociétés de province. Enfin, il apparaît impératif de créer un nouveau corps de commissaires indépendants et une commission d'éthique commune trot/galop. En lisant notre rapport en détail vous trouverez encore nombre de propositions dont celle d'intégrer des représentants des parieurs dans nos organisations.
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