AVEF : Des boucles d’oreille décriées
Les 40e journées annuelles de l’Association vétérinaire équine française (Avef) se sont tenues du 11 au 13 octobre dernier à Reims.
L’occasion de rappeler l’importance de la profession vétérinaire dans la préservation de la santé animale et le maillage sanitaire réalisé par les praticiens sur tout l’Hexagone,mais aussi de la santé publique (alors que l’association s’inscrit notamment dans une démarche raisonnée de l’utilisation des antibiotiques en pratique équine).
Le bien-être animal est une préoccupation des vétérinaires, et l’assemblée générale de l’Avef a été le lieu de discussions vives autour de l’identification par boucle auriculaire des chevaux destinés à l’abattoir. Une pétition était à disposition des vétérinaires lors du congrès pour s’y opposer. Lancée auprès du grand public, cette pétition contre les boucles auriculaires chez le cheval de boucherie avait déjà recueillie plus de 16 000 signatures en 48 heures. Le Dr Vincent Boureau,président de la commission bien-être et comportement de l’Avef, montre que ce projet ne répond pas à toutes les obligations : de traçabilité, de certification (c’est falsifiable), sanitaire (30% d’échec par surinfection),économiques, et d’un point de vue éthique. Il soulève un certain nombre de questions. Ce projet n’a pas l’adhésion des éleveurs eux-mêmes. Le public est vent debout contre cette méthode archaïque. L’Avef et l’OABA (œuvre d’assistance aux bêtes d’abattoirs) partagent cette analyse. L’IFCE met en avant l’intérêt économique de cette mesure pour une filière bouchère en déclin.Certes … mais le nombre de têtes par élevage de chevaux lourds en France est en moyenne inférieur à 5 animaux. Les difficultés économiques de la filière sont plus liées à la mauvaise valorisation de leur production (marché essentiellement italien : 80% d’export en Italie) qu’à la charge liée à l’identification. Enfin, comment garantir la traçabilité avec un bouclage auriculaire fait par l’éleveur et basé sur un système de déclaration et non de certification par un identificateur agréé ? Il est donc impossible de garantir que cette identification sera faite dans les règles de l’art et garantisse au consommateur la traçabilité alimentaire de la viande.
En outre, quand on sait également que la cicatrisation chez le cheval est à risque de complications(bourgeonnement, infections), il n’est pas certain que le coût pour l’éleveur des soins consécutifs éventuels soit rentable ... Enfin, comment envisager de telles mesures à une époque où le welfare afin de limiter la souffrance animale est une préoccupation du grand public.
Marine Turpin
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